02. Pertinence

Extraits du rapport « Évaluation ex-post du projet de développement du Parc national du Limpopo », consultable sur ce lien.

Un objectif de préservation et restauration de la biodiversité pertinent par rapport aux priorités du Parc National du Limpopo

Le premier objectif du projet de restauration et de préservation de la biodiversité du Parc national du Limpopo (PNL) était en conformité avec la loi n°10/1999 sur la forêt et la faune sauvage de 1999, qui visait la protection, la conservation, le développement et l’utilisation rationnelle des ressources forestières et de la faune, dans l’intérêt économique, social et écologique des générations mozambicaines présentes et futures (Gouvernement du Mozambique, 1999). Cette loi définit les parcs nationaux en tant qu’aires délimitées, avec un statut de protection totale, stipulant l’interdiction des activités suivantes : (i) la chasse à l’intérieur des frontières du parc ; (ii) l’exploitation forestière, agricole, minière et d’élevage ; (iii) la reconnaissance ou la prospection, le forage ou l’endiguement ; (iv) toutes activités présentant un risque de modification des aspects caractéristiques des sols et de la végétation, ainsi que de pollution de l’eau et, en général, tout acte pouvant provoquer des perturbations animales et végétales ; (v) l’introduction d’espèces animales ou végétales, qu’elles soient exotiques ou endémiques, sauvages ou domestiquées.

A travers sa première composante, le projet prévoyait d’apporter « sa contribution financière aux différents programmes figurant au plan de gestion du PNL, notamment : développement du tourisme, protection, recherche et suivi de la biodiversité, et éducation à l’environnement » (AFD, 2005). En cela, ce premier objectif était également bien aligné avec les besoins, les priorités et les objectifs de développement, tels que définis dans le plan de gestion et de développement du PNL élaboré en 2003 et ses plans d’affaires 2004-2006 et 2006-2010.

Un objectif d’amélioration des conditions de vie des habitants du Parc en ligne avec les besoins des communautés riveraines

Le second objectif d’améliorer les moyens d’existence et les conditions de vie des habitants du PNL était également pertinent au regard des priorités associées au développement de la zone support du parc Limpopo (PNL) et du développement socio-économique des communautés résidant à l’intérieur de cette zone support. Le plan de gestion du PNL considère à ce titre que « le succès à long terme du PNL sera étroitement lié à une relation constructive et mutuellement bénéfique entre le parc et les communautés qui y résident » (LNP, 2003, p.71). A travers cet objectif, l’AFD devait apporter son appui au développement de la population vivant dans la zone support (ZS) en complément de la KfW qui devait apporter son appui aux opérations liées au processus de déplacement volontaire des populations vivant à l’intérieur du parc, le long de la rivière Shingwedzi. Cette approche conjointe était cohérente, l’AFD apportant sa plus-value et son expertise sur les aspects développement local à l’intervention de la KfW déjà engagée sur le processus de déplacement des populations.

Le développement des infrastructures routières à l’intérieur du PNL était pertinent avec les objectifs de développement de l’activité touristique ainsi qu’avec les besoins du personnel du parc, en particulier pour la protection de la biodiversité. En ce qui concerne l’amélioration de la route au sud de la ZS, il est important de noter que l’accès à Massingir ou à Mapai n’est intéressant que pour les villages à proximité, et non pour tous ceux situés dans le sud-est de la ZS, qui utilisent les infrastructures situées de l’autre côté des cours d’eau (Elefantes et Limpopo). Il aurait été plus pertinent de s’intéresser aux possibilités de faciliter la traversée des cours d’eau que d’investir des sommes importantes pour des portions de routes n’apportant pas d’améliorations significatives aux habitants[1].

Enfin, il est dommage que l’AFD n’ait pas considéré prioritaire l’’amélioration les infrastructures socio-communautaires (écoles, centres de santé) de cette zone, beaucoup moins bien dotée que le reste des districts[2].

 

carte-5-gltp_bzroads_a4_2015_0528Carte du réseau routier du PNL

 

Le renforcement des capacités humaines et institutionnelles pertinent pour le PNL et son organisme de tutelle

Le troisième objectif de renforcer les capacités administratives du PNL était en cohérence avec la situation des ressources humaines et institutionnelles du PNL, mais également de son organisme de tutelle, la DNAC. L’AFD devait entre autres prendre en charge pendant les deux premières années du projet (2007-2008) une partie des coûts récurrents du PNL, en complément des recettes du PNL. Au-delà de cette prise en charge temporaire, la stratégie de renforcement des capacités envisagée n’est pas précisée dans le document de projet.

Un projet pertinent avec les priorités françaises et le positionnement de l’AFD en matière de gestion durable des ressources naturelles

Ce projet était aligné et en conformité avec le document cadre de partenariat (DCP) signé entre la France et le Mozambique en juillet 2006, dont l’environnement et la valorisation des ressources naturelles constituaient un axe de concentration.

Par ailleurs, selon les personnes rencontrées, ce projet était également aligné sur la volonté de l’AFD à cette époque de i) développer son portefeuille de projets d’appui à des initiatives de conservation de la biodiversité et de développement socio-économique, et ii) d’acquérir une légitimité dans ce secteur. La vision associée à cette volonté était de créer du développement socio-économique local à travers la conservation et la gestion durable de ressources naturelles. Ce projet permettait par ailleurs de renforcer la position de l’AFD dans le secteur des aires protégées au Mozambique, en complément d’un projet de développement du Parc national des Quirimbas.

Des hypothèses de revenus du tourisme irréalistes

Les revenus générés par le développement du tourisme et des concessions touristiques devaient, dans des conditions idéales, couvrir les coûts d’opération du PNL.

Le graphique ci-dessous montre l’évolution des frais de fonctionnement annuels du PNL et l’évolution de la prise en charge d’une partie de ces frais par l’AFD. Il indique également les revenus annuels générés par le PNL. En 2014, les coûts d’opération du PNL ont ainsi atteint un montant de 1,164 million EUR. Cette même année, le PNL a généré 150 000 EUR de recettes, 95 000 EUR étant par conséquent disponibles pour le PNL pour couvrir les coûts d’opération selon la clé de répartition des recettes (20 % des revenus pour la DNAC/ANAC, 16 % pour les communautés et 64 % pour le PNL).

 

graphique-10Évolution des frais de fonctionnement du PNL

 

En 2014, les revenus du Parc national du Limpopo (PNL) ne couvraient par conséquent que 10 % des coûts d’opération. Le PNL ayant été créé en 2002, il se trouvait au moment de la conception du projet AFD en 2006, au début de sa phase d’opérationnalisation. L’équipe d’évaluation estime qu’il était par conséquent très optimiste de projeter une couverture totale de ses coûts d’opération par les revenus générés dans un horizon si court, de deux ans. Cela était particulièrement ambitieux à la lumière des capacités institutionnelles limitées des autorités mozambicaines à cette époque et des différentes étapes à franchir pour avoir : (i) une structure institutionnelle et de gestion plus mûre ; (ii) des produits touristiques et des concessions développés qui génèrent des revenus et ; (iii) déplacé les populations habitant près de la rivière Shingwedzi afin de permettre à la faune de se réinstaller et ainsi d’induire des retombées financières liées aux activités touristiques.

Notes :

[1] L’étude de faisabilité avait insisté sur l’importance de faciliter la traversée des cours d’eaux qui enclavent les populations de la ZS, mais cette proposition n’a pas été reprise dans le document de projet de l’AFD. De la même façon, le plan directeur des routes ne s’est intéressé qu’aux routes à l’intérieur du PNL.

[2] Cette proposition de l’étude de faisabilité n’a pas été reprise dans le document de projet, au motif qu’elle serait de la responsabilité des autorités locales, argument peu convaincant, dans la mesure où le développement économique, ciblé par le projet, est également de leur responsabilité.