01. Introduction

Extraits du rapport « Évaluation ex-post du projet de développement du Parc national du Limpopo », consultable sur ce lien.

Une naissance politique

Entre les années allant de 1970 à 1990, la guerre froide impacte l’Afrique australe, avec notamment l’implication de l’Afrique du Sud dans les conflits suivant les indépendances des pays lusophones. Au Mozambique, l’Afrique du Sud soutient la RENAMO, guérilla mozambicaine droitière s’opposant au FRELIMO, guérilla indépendantiste marxiste. Les zones de frontière entre l’Afrique du Sud et le Mozambique sont utilisées comme bases militaires d’entraînement et de soutien arrière à la RENAMO, y compris certaines parties du Parc National du Kruger (PNK).[1]

Après la fin de l’apartheid, Nelson Mandela souhaite faire des parcs transfrontaliers un symbole de la coopération et de l’ouverture entre les pays. Le 4 octobre 2001, il ouvre symboliquement la barrière mise en place entre le Parc National du Limpopo (PNL) au Mozambique et le Parc National du Kruger (PNK) en Afrique du Sud, pour permettre au camion transportant les premiers éléphants transférés du PNK au PNL de passer la frontière. Grâce à la coopération internationale et les contacts que ces parcs supposent, ils doivent donc permettre d’accroître ou de rétablir une relation amicale entre les pays, et de renforcer la confiance et la compréhension mutuelles.

Par ailleurs, le concept de Parc de la Paix s’étend également aux relations sociales et au développement économique des populations locales. Contrairement au cas du PNK, où la mise en place du parc s’est accompagnée de déplacements forcés de populations, l’idée des parcs de la paix est de faire en sorte que les populations locales puissent tirer profit des opportunités écologiques et économiques créées par les parcs, grâce à l’établissement de tourisme transfrontalier et à des programmes de développement socio-économique.[2]

Un double objectif de préservation de la biodiversité et de développement économique

En 2001, le projet de développement du Parc national du Limpopo, appuyé par la Fondation Peace Parks (PPF), vient aider le Mozambique à répondre aux défis associés à la création de ce nouveau parc national. Sur la période 2001-2016, ce projet contribue en plusieurs phases à préparer, financer et accompagner la mise en œuvre du plan de développement et de gestion du PNL élaboré en 2003. Ce plan fixe au PNL l’objectif général suivant : « la préservation des processus écologiques au sein d’une aire de conservation transfrontalière et la contribution au bien-être de la population du Mozambique, grâce au développement d’un éco-tourisme et d’un tourisme culturel, et à une utilisation des ressources compatibles avec les objectifs de conservation du parc .» (PNL, 2003, p.25). L’approche de la conservation mise en avant par le PNL met sur le même plan les objectifs de préservation écologique et de développement économique. La stratégie principale pour parvenir à ces deux objectifs est le développement du tourisme. La démarche proposée est inclusive (empowerment des communautés et participation à la gestion du parc) et ouverte (pas de clôture, repeuplement naturel). La déclinaison opérationnelle du plan s’articule autour de huit programmes thématiques appuyés par les différents bailleurs et relatifs à : la gestion écologique, le développement du tourisme, la recherche et le suivi écologique et socio-économique, le développement communautaire, la coopération transfrontalière, la gestion environnementale, la protection de la biodiversité et l’administration.

Géographie

Le PNL est bordé à l’ouest par la frontière avec l’Afrique du Sud (le PNK et le PNL ont une limite commune d’environ 200 km) ; le fleuve Limpopo forme les limites septentrionale et orientale, tandis que la rivière Olifants (ou Elefantes) et le barrage de Massingir constituent la limite sud. Il est situé dans l’ouest de la province de Gaza et s’étend sur trois districts administratifs : Chicualacuala au Nord, Mabalane à l’Est et Massingir au sud.[3]

Responsabilité institutionnelle

La responsabilité de la gestion et du développement du PNL incombe actuellement à l’Administration Nationale des Aires de Conservation (ANAC), un organisme public autonome créé en mai 2011 par le décret n°11/2011 et chargé de la gestion de toutes les aires de conservation.[4] Il était auparavant sous la responsabilité de la Direction Nationale des Aires de Conservation (DNAC) au sein du Ministère du Tourisme. Depuis sa mise en place, le PNL est géré par une Unité de gestion du projet (PIU – Project Implementation Unit) comprenant le Directeur du Parc (nommé par l’ANAC), le manager du Parc (Assistant Technique – AT fourni par la Fondation Peace Parks – PPF) et le responsable administratif et financier (PPF), et par un comité de pilotage comprenant des représentants du ministère du Tourisme, PPF et l’ANAC/DNAC et des représentants des bailleurs, l’Agence Française de Développement (AFD) et la banque allemande de développement (KfW).

Le contexte environnemental

Le climat de la région est classée comme semi-aride subtropical. Il s’agit d’une des zones les plus sèches du Mozambique, qui reçoit entre 360 et 500 mm de pluie par an.[5] Géologiquement, le PNL fait partie d’un plus grand bassin sédimentaire qui est contenu dans les systèmes alluviaux du Limpopo au Nord-Est et de l’Olifants River au sud-ouest. La zone est caractérisée par des sols pauvres. Immédiatement en amont de l’étroite bande de sédiments alluvionnaires qui suit le cours du Limpopo ou de l’Elefantes, fournissant les seuls sols relativement adaptés à l’agriculture, des sols dérivés de roches sédimentaires calcaires sont entrecoupés de sols sableux infertiles. Une mosaïque grossière de forêt à Mopane domine sur les sols sableux et argileux, tandis que l’Acacia est couramment associé aux dépressions alimentant les rivières Limpopo et Olifants.

La population prédominante dans le PNL est de l’ethnie Changane, qui se trouve à cheval sur les frontières entre l’Afrique du Sud, le Mozambique et le Zimbabwe. Au cours de la guerre civile au Mozambique, de nombreuses familles se sont réfugiées en Afrique du Sud. Avec la transition vers la paix, ces personnes ont commencé à regagner leurs foyers ; dans le district de Massingir, la population a presque doublé entre 1980 et 1996.

La population

La plupart des habitants (20.000 personnes environ sur les 27.000 qui vivent à l’intérieur du parc) sont concentrés dans 44 villages situés dans les zones de sols alluviaux arables le long de la rive droite du Limpopo et de la rive gauche de la rivière Olifants. C’est cette zone qui a été définie comme Zone support (ZS), le reste du Parc étant appelé de Zone centrale (ZC) ou core zone en anglais. Les ressources naturelles de la ZS (environ 20% du territoire du PNL), servent de support aux activités économiques (élevage et agriculture). Ses limites ont été revues par rapport au zonage figurant dans le Plan de gestion du PNL de 2003 afin de prendre en compte l’ensemble des ressources utilisées par les différents villages pour l’agriculture et l’élevage. De plus, avec l’érection en 2013 d’une clôture destinée à limiter les conflits homme-faune dans la région sud-est du PNL, l’ensemble du territoire situé au sud de la clôture a été incorporé dans la ZS (voir carte ci-dessous).

La zone centrale du Parc, qui a pour fonctions essentielles la préservation de la biodiversité et le développement du tourisme, est principalement habitée dans la vallée de la rivière Shingwedzi, où se trouvent environ 7000 personnes regroupées dans 8 villages. Proche du PNK et des sites de réintroduction des animaux, dotée en ressources hydriques, la zone où se situent les villages est l’une des plus attractives pour les animaux et donc, à terme, pour les touristes.

 

carte-routesLimites de la Zone Support

Notes :

[1] Sylvain Guyot : Les parcs naturels d’Afrique australe : d’autres territoires de conflits, Géoconfluences (http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/etpays/Afsubsah/AfsubsahScient2.htm).

[2] Great Limpopo Transfrontier Park, About GLTP. http://www.greatlimpopo.org/about-gltp/

[3] BRL. Parc National du Limpopo. zone de soutien Rapport d’étude de faisabilité. Partie 1. p.30

[4] Banque mondiale. Les zones de conservation de la biodiversité et de projet de développement. Project Appraisal. 2014. p.2

[5] Parc National du Limpopo. Plan de gestion et de développement. 2003. p.9